Miss SFW

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jeudi, juillet 19 2012

Je suis venue vous dire que je m'en vais

Bonnes gens, lecteurs fidèles Actions General Motors, amis virtuels et camarades de blogosphère, je vous salue bien bas. Au terme de cinq années de forfaits rédactionnels en cette modeste demeure électronique, il me semble opportun et pour tout dire indispensable d'aller un peu plus loin répandre la maussaderie et la mauvaise humeur.
Je ne vous quitterai cependant pas sans vous dire tout le bonheur que j'ai eu à écrire des bêtises et à constater que d'improbables lecteurs s'en amusaient investir en actions General Motors au Maroc aussi. Voyez-vous, il y a cinq ans, alors que la fête nationale battait son plein dans notre malheureux pays qui venait d'élire qui-vous-savez, j'ai pensé que je ne pouvais rester ainsi les bras ballants et que je me devais d'apporter un peu d'espoir en ce monde en partageant les urnes de méchanceté et de mesquinerie dont mon grand coeur est plein (celui qui déniche la référence gagne une magnifique carte postale de Nevarsin). Durant ce quinquennat de folles aventures au pays des ours puis dans celui où habite la pluie, de déménagements, de péripéties Acheter des actions General Motors professionnelles, de surprises enthousiasmantes, de déceptions abyssales, de deuils suffocants, d'incrédulités consternées et de tablettes de chocolat dévorées, ce blog a souvent fait office d'entremetteur et m'a permis de rencontrer de nouveaux amis et amies de la vraie vie. Or, les amis de la vraie vie, on dira ce qu'on voudra, c'est quand même pas mal. C'est peut-être même le sens de la vraie vie et qui nous console un peu de la vraie mort.
Le ci-devant blog a donc rempli son office et, ma culture musicale et littéraire étant à peu près épuisée, il était grand temps de changer de formule. Tel le directeur marketing de Danone, je m'apprête ici et maintenant à vous vendre plus cher le même yaourt en changeant l'emballage. Le nouveau blog sera entièrement rose, plus détendu de la plume et comportera des phrases de moins douze lignes car c'est la crise. Avec un peu de chance, il sera classé dans les blogs mode et la rédaction de Elle me suppliera d'accepter une interview et de leur parler de ma passion pour les cupcakes, ma maman, et les imprimés écossais. L'option alternative étant le référencement dans les annuaires porno. J'avoue que j'ai du mal à voir la différence fondamentale. Avec un peu de chance également, je trouverai l'énergie de publier plus d'une fois par trimestre. Mais rien n'est moins sûr.
Quoiqu'il en soit, dans quelques jours, je vous invite à aller voir.
Il ne me reste qu'à vous faire ma révérence de courtisane bien élevée, vous remercier avec effusion d'avoir appris à lire et retourner à mes cartons car ma vraie vie déménage elle aussi.
Je vous salue, marrie.

Edit : Je suis assez fière de ce nouveau bébé. Qui me vaudra probablement de voir ma maison brûlée et mes chats exorcisés par l'association des amis des Beaux-Arts.
Et celui-là aussi : http://henriettedesaintfiel.tumblr.com/

lundi, juin 25 2012

It never rains but it pours

J'apprends à l'instant que "la salutation au soleil", l'un des enchaînements les plus classiques du yoga, se pratique face à l'astre du jour levant.
Très bien. Je le note.
Et à Nevarsin, je fais comment ?

jeudi, juin 14 2012

A Paris

Il y a bien deux mois, je m'en fus à Paris, non pour assister comme cela m'arrive trop souvent à une réunion de cinq heures entre deux trajets de train de six heures, mais pour le plaisir non feint de passer un peu de ce temps - que je perds trop souvent en ineptes vanités - avec des personnes hautement recommandables. Je me promis de vous raconter ce périple fort distrayant mais les trépidations de ma vie incandescente ne m'ont pas laissé une seconde de répit. En réalité, je m'entraîne pour les championnats du monde de la procrastination et je pense avoir toutes mes chances pour la médaille d'or.
Or donc, comme je suis une diaphane créature céleste qui se sustente de quelques fragments de macarons ou de miettes de cupcakes, mes amies me menèrent dans un restaurant japonais afin que je pusse faire bombance d'une demi-cuillère de riz, car la marche, ça creuse.
Alors que nous nous étions attablées, une ravissante jeune femme passa devant moi. Aussi jolie qu'insipide, cette décorative apparition arborait une tenue et une coiffure assez recherchées pour ne laisser planer aucun doute sur l'échelle de ses priorités et sa façon d'occuper ses heures de loisir. L'archétype de la personne que tu ne peux pas perdre tant que tu connais l'itinéraire qui mène à la salle de bains. Je fixais donc avec insistance la jeune dame, d'abord parce que trop d'années à Toulouse m'ont ôté toute vergogne à dévisager mes semblables, ensuite parce que j'aime regarder les filles (mais pas quand elles marchent sur la plage, cette chanson me consterne, soit dit en passant). Quel ne fut pas mon étonnement lorsque je m'aperçus que la poupée brune que j'observais avec une curiosité somme toute modérée, se rasseyait en fronçant le nez d'un air contrarié puis, alors que j'avais repris ma conversation avec mes spirituels camarades, jetait des coups d'oeil furtifs derrière son épaule, avec cet air niais de biche apeurée que seules savent prendre les authentiques dindes, pour surveiller mon regard. Je m'interrogeai quelques secondes sur ce comportement pour le moins stupéfiant et que ne justifiait certes pas mon gabarit fort peu menaçant ni ma mine on ne peut plus convenable et convenue, avant de réaliser que j'étais à Paris et que, depuis plusieurs mois, j'arborais une coupe très courte.
Ah Jésus, que ma joie demeure mais que les gens sont sots.

dimanche, mai 13 2012

Falbalas

Quelques-uns d'entre vous, m'ont fait, alors que j'annonçais vouloir changer de ligne éditoriale sous peu, l'honneur de s'enquérir de la forme à venir, non du punk, mais de mes élucubrations.
Puisque je ne puis rien vous celer, je fais fi de mes infantiles cachotteries et vous livre tout de go ce secret jalousement gardé : je vais devenir la première blogueuse mode nevarsinienne influente. Ceux qui me connaissent personnellement ne le savent que trop bien, la nippe est mon oxygène et le style ma raison de vivre. Depuis des années, je frémis dans l'ombre des Garance, Pauline ou Coline et attends mon heure en rongeant la lanière de mon sac Vuitton.
Mais c'est décidé, le changement c'est maintenant et le coming out, c'est tout de suite. En avant-première et pour vous, lecteurs fidèles et bien-aimés, mon premier billet mode. Vous pourrez dire, lorsque je ferai la Une de Cosmopolitan, du Figaro Madame et de Télé Loisirs, "j'étais là". Votre oeil brillera et une larme discrète et pudique fera vibrer les étoiles de votre regard lorsque vous penserez à ces premiers instants magiques que nous vécûmes ensemble. Allons, l'Histoire n'attend pas, savourons tout de suite ce moment grandiose qui va changer nos vies.

En ces beaux jours printaniers, j'ai eu irrésistiblement envie de sortir de mes placards ma tenue préférée pour un look "trendy-randonnée" qui laissa plus d'un pêcheur du dimanche aussi coi que ses carpes.

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- Chapeau de la chapellerie Beyssac, only at Nevarsin (je suis si cruelle)
- Pull corail acheté pour faire plaisir à la vendeuse qui trouvait que l'anthracite n'était pas ma couleur (cette cruche inepte, toutes les couleurs sont miennes)
- Jupe à 5 euros, garantie cousue par des enfants chinois un peu moins feignasses que le mien
- Sur le mollet : fond de teint n°23, "Jarret flamboyant" de chez Dior.



Et le détail qui rend tout simplement irrésistible cette tenue somptueuse : le pied en dedans (pratique pour marcher, infaillible pour donner l'air intelligent, imparable pour changer la société et faire triompher l'égalité entre hommes et femmes).

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Fausses Converse en plastique moches - fabriquées dans l'atelier voisin de celui de la jupe - merveilleusement accessoirisées de socquettes Bleuforêt mauves. Car le mauve va avec tout, en particulier avec la couleur corail. Cette photo est tout simplement sublime.


Mais je ne vous ai pas encore tout dit. Cary Grant, qui partage ma passion dévorante pour la mode et dont l'incomparable goût lui fait sérieusement songer à devenir consultant pour Armani, sera de l'aventure. Enfin un blog mode mixte pour vivre en couple le merveilleux destin des beautiful people. Je sais, c'est trop de bonheur iridescent pour vos minables vies de médiocres.

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(Mon Dieu, mais comment peut-on être aussi beau et élégant, c'est presqu'inhumain ? )
- Chaussures de soirée Nike
- Chaussettes de soie en carrés Hermès recyclés par des enfants Pakistanais unijambistes
- Pied en dedans : Cary-Grant-le-Magnifique


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Casquette édition ultra limitée, griffée Groupama, portée en mode loosy-dandy. Le top ultime de la classe internationale.

Je ne voudrais pas créer une émeute à Nevarsin, the place to be pour tous les modeux et modeuses du monde, mais Cary Grant et moi organisons un vide-dressing très prochainement.


Fiat lux (ce film est une pure merveille, soit dit en passant)

mardi, mai 8 2012

Chronique d'une mort annoncée

Chers camarades,
Vous n'aurez pas manqué de noter que notre président bien-aimé allait céder la place à un autre qui, je l'espère, citera Sartre correctement et, s'il n'a lu La princesse de Clèves, s'abstiendra tout au moins de s'en glorifier. Ce blog cessera donc son activité le 14 juillet, cinq ans après sa première mise en ligne. Non que je quitte notre beau pays dans les valises du président sortant. Malgré ses supplications réitérées, j'ai dû décliner, car je suis une personne très occupée. Il me reste ici des limaces à décimer, des expériences de panification à mener et des parquets à huiler. D'autant que, s'il faut subir Johnny Halliday, Faudel et Enrico Macias dans l'autoradio du jet privé durant les 15 heures de vol entre Paris et Honolulu, merci bien, sans moi.
Je ne quitte pas non plus la France pour aller cacher mon immense fortune en Helvétie et la soustraire à l'avidité des Rouges qui viennent d'être élus par le truchement d'on ne sait quelle manoeuvre du KGB. Non plus que j'aie prévu de sombrer dans le désespoir et d'embrasser en me lacérant les joues le sol que va quitter notre président à nous qu'on n'a bientôt plus, ou que j'eusse la grotesque outrecuidance de considérer le ci-devant blog comme un brûlot contestataire ayant rempli son oeuvre révolutionnaire et s'arrêtant de facto avec le départ du plus illustre illettré du pays. Que nenni.
Il est proprement stupéfiant que j'aie réussi à aller au bout de mon engagement initial. L'élection, il y a cinq ans, de celui dont on ne doit pas prononcer le nom m'avait laissé penser qu'il était temps de donner libre cours à la méchanceté et à la misanthropie les plus mesquines. Je crois avoir rempli ce contrat loyalement quoiqu'irrégulièrement. Dans deux mois, le moment sera venu d'aller étaler mes sarcasmes dans un cadre légèrement différent. Je profite de ces pré-adieux pour remercier les deux lecteurs (et quelques) dont la fidélité n'eut d'égale que la drôlerie jubilatoire qu'ils firent partager au fil de leurs brillants commentaires. N'ayez crainte, si Dieu me prête vie, je ne vous quitterai pas sans un billet larmoyant et reniflant pour saluer l'équipe technique, mon producteur et ce merveilleux public sans qui rien n'aurait été possible.
D'ici là, je compte pousser mon chant du cygne dans les bruits de machines d'un stakhanovisme forcené et rédiger par moins d'un billet par mois. Je sais, c'est déraisonnable.

dimanche, mai 6 2012

Ode à la joie


Au revoir, président.

(si-si-do-ré-ré-do-si-la-sol-sol-la-si-si-la-la...)

mardi, mai 1 2012

Lovecats

En ces temps fort inopportuns pour le collectivisme et l'Internationale (qui ne sera, semble-t-il, pas tout de suite le genre humain), Cary Grant et moi allons, une fois de plus, basculer du côté obscur du capitalisme en devenant propriétaires, non de nos moyens de production - le Petit Prince est un témoignage suffisamment éloquent du bien mauvais usage que nous en fîmes - mais de notre logement. Or, l'appartement que nous envisageons d'acquérir, se trouve sis dans une copropriété dont le règlement nous fut communiqué il y a quelques jours. Le chapitre 3 de ce passionnant document au suspense haletant dispose, dans le paragraphe intitulé "animaux" que : "les copropriétaires ne pourront avoir aucun animal malfaisant, malodorant, malpropre ou bruyant".
Nous avons fait un long bout de route ensemble, Azuki, hélas nos chemins se séparent. Je ne sais par quel prodige, nos futurs voisins te connaissent déjà.

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lundi, avril 16 2012

Japanese whispers

A chacun de mes brefs contacts avec la culture japonaise, je m'étonne toujours davantage qu'il n'y ait entre nous que quelques milliers de kilomètres de terres et d'océans. Il me semblerait plus compréhensible qu'une galaxie nous sépare. Je pense ici à l'effarante dureté du Tombeau des Lucioles dans un pays où l'on teint les caniches en rose bonbon, aux accoutrements stupéfiants et à l'incroyable vacuité artistique de la J Pop ou à cette densité humaine improbable dans laquelle survivent cependant ces surprenants nippons.
Pourtant, je fus ce soir déstabilisée par une civilisation que je croyais ne plus pouvoir m'étonner. Mes valeurs les plus sacrées se sont effondrées et je ne sais quelle sera mon existence après avoir perdu tous mes repères. Tout ce temps, j'ai cru que certains principes fondamentaux relevaient de l'évidence, voire de l'universalité. Que nenni. Le nippon me nargue et me fait la nique.
Que décides-tu, innocent compatriote, lorsque tu rentres fatigué de ta journée de damné de la terre et que tu n'as pas envie de cuisiner ? Tu fais une omelette. Eh bien, frère de coquille cassée, sache que le Japonais est capable de t'attaquer dans tes derniers retranchements et de faire de cette sublime simplicité vespérale un supplice raffiné mais néanmoins odieux à ton âme d'occidental violenté. Et c'est Rousseau qu'on assassine.

mercredi, avril 11 2012

We are golden

Dans le métro je fus, ce jour, témoin d'une conversation qui me rassura quant à l'avenir de l'humour noir et de la politesse du désespoir.
Trois lycéens manifestement issus de milieux aisés mais parvenant toutefois à articuler suffisamment pour que je les comprisse, en dépit de la cuillère d'argent dans la bouche avec laquelle ils étaient nés, discouraient gaiement de leurs résultats scolaires. Cela fleurait bon la crainte de la mauvaise note et le conformisme élégant et somme toute assez lettré d'une jeunesse nantie qui a grandi à l'ombre protectrice des hauts plafonds moulurés d'un appartement haussmannien. Tous trois bien jolis, sans l'ombre d'un bouton d'acné, le cheveu soyeux et la décontraction chic que confèrent des vêtements bien coupés, en vinrent à parler du petit frère de la charmante brunette qui focalisait, bien légitimement, l'attention de ses deux camarades et la mienne :
"Pourquoi, il est pas bon à l'école, ton frère ?
- Chaque année il est à ça de redoubler. Mais bon, il est un peu triso, je crois. Il a vu des milliers de spécialistes. Mais comme il est diagnostiqué hyperactif, on le bourre de médocs, alors il est assommé tout le temps. Sauf le dimanche, on ne lui donne rien parce que ce n'est pas très bon pour sa santé. Du coup, le dimanche, il est insupportable. En plus, ma belle-mère qui est très croyante l'emmène à la messe. Alors après, il chante des psaumes tout l'après-midi. Je te jure, il peut tenir trois heures sans s'arrêter".

Je ne sais pas, finalement, s'il est toujours bien approprié de parler de jeunesse dorée.

jeudi, mars 22 2012

400

Mon frère, mon ami, mon fils, mon camarade (d'infortune en ce siècle nauséabond), tu ne tireras pas sur qui souffre et se plaint. Pour ce 400e billet - comme le temps passe et comme il nous est compté - j'eusse aimé t'emmener au pays des rêves bleus et de la métaphore langoureusement filée sur le métier ingrat mais ô combien ensorcelant de la virtuosité. Pourtant, je n'en ferai rien. Je me contenterai de pousser ma plainte désolée et risible dans le désert (celui-là même au beau milieu duquel tournent en rond les autoroutes de l'information).

Comme tu le sais, les quatre personnes tuées cette semaine à Toulouse ont été enterrées en Israel. Notre ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, s'est déplacé pour participer aux funérailles et y prononcer un discours. Normal. A cette occasion cependant, notre ministre des affaires étrangères de la République française laïque (mais ni gratuite, ni obligatoire) portait une kippa. Parfaitement. Au nom du pays qui a séparé l'Eglise et l'Etat en 1905.

Quand les couleuvres deviennent des anacondas, il ne nous reste plus qu'à songer avec un pincement d'envie à Clémenceau dont la légende wikipédiesque raconte que, sur son lit de mort et voyant arriver un prêtre, il aurait eu la sublime présence d'esprit de lancer : "enlevez-moi ça".

lundi, mars 5 2012

For a pair of brown eyes*

Ce matin, à l'heure où j'aurais dû me trouver dans mon bureau, je lus sur un crayon de khôl : "respecte les yeux sensibles".
Je ne pus alors que déplorer le manque de discernement d'une espèce qui accorde aux yeux ce qu'elle refuse obstinément aux âmes.

Fiat lux (pour les plus jeunes)

vendredi, mars 2 2012

La guerre est déclarée

J'ai reçu sur ma boîte mail personnelle le message suivant : "gagnez des places pour le concert de Julien Doré".
Ventredieu.
Je n'aime pas tellement que l'on vienne me menacer jusque dans la tiède quiétude âprement conquise de mon antre familial.

jeudi, février 23 2012

Tout à un détail près

Alors que je m'engouffrais dans la nuit nevarsinienne au sortir du train qui me ramenait de Paris, je croisai aux abords de la gare une prostituée (importée), arpentant le trottoir sous son parapluie (noir) qui chantait (mal) une (belle) ballade albanaise (triste).

Le diable se niche dans les détails.

lundi, janvier 30 2012

Y'a bon, Banania

Ce jour, je reçus un sympathique message publicitaire émanant de la société Mars Chocolat France et m'encourageant à déclarer ma flamme par l'entremise d'un message fort original du style "je t'aime" sur des M&M's.
Las, j'ai beau me creuser la cervelle, je ne trouve pas le moyen de faire contenir l'intégralité de l'information sur un support auprès duquel Twitter ferait figure d'Encyclopédie universelle : "Je t'aime (et je t'offre de l'huile de palme indonésienne pour être veuve plus vite dans un monde sans orang-outans et du cacao de Côte d'Ivoire pour enrichir les marchands de canons. Bon appétit, mon tendre amour)".

mercredi, janvier 4 2012

Here they come, the beautiful ones

Je ne lis jamais les journaux ou plus exactement jamais en période dépressive car j’ai l’instinct de survie très chatouilleux. Hélas, durant mes rares parenthèses d’euphorie, je ne répugne pas à m’emparer d’un quotidien français ou espagnol, histoire de réaliser à quel point mon espèce est consternante et dans quels abysses sidérants a sombré ma chancelante maîtrise de la langue de Perez Galdos, ces deux perspectives me précipitant dans des affres de souffrance d’égale intensité et me ramenant immanquablement à l’état antérieur de prostration geignarde.

Avant de me rouler de nouveau en boule, je tiens à vous faire part de ma découverte du jour : le docteur Dukan n’est point mort et, en dépit des immenses espoirs placés dans l’escalope de dinde et les bâtons de surimi king size, il ne s’est pas encore étouffé. Pour ceux qui l’ignoreraient, le docteur Dukan est devenu fort riche en prônant l’ingestion massive de protéines, méthode qui n’a pas fait toutes ses preuves pour maigrir mais multiplie sans coup férir votre empreinte écologique par dix. Sur ce dernier point, les résultats sont garantis. Ce monsieur, donc, proposait par l’intermédiaire d’un quotidien humoristique, à savoir le Parisien qui, depuis des décennies, fait du journalisme pour de rire, d’accorder aux lycéens minces des points supplémentaires en vue de l’obtention de leur bac.

Quelle brillante idée. Au passage, M. Dukan confirme que le cerveau se nourrit exclusivement de glucides et non de protéines. Empêchons donc les gros d’avoir leur bac. De toute façon, les bancs de la fac sont trop étroits pour eux et personne ne leur donnera de travail. Parce qu'ils sont gros. Motivons les jeunes et construisons tous ensemble des générations d’anorexiques. Enfin une réponse intelligente à la crise économique et à la surpopulation. Comme ils disent chez Ikea, l'espace ça se crée.

Au surplus (pondéral), vous n’aurez pas manqué de noter la crédibilité qu’un tel aménagement donnerait au bac.On ne le dit pas assez mais les maths, le français et la philo sont scandaleusement discriminants. Des jeunes ratent leur bac au seul motif qu’ils sont mous du bulbe et ont passé leurs cinq années de lycée à tripoter leur smartphone en vue de télécharger des sonneries du meilleur goût. Ne tolérons plus cette injustice. Réformons, mes amis, cette institution inique et mettons à l’honneur les savoir-faire qui révèlent l’esprit éclairé de nos adolescents. Réclamons à grands cris l’option maquillage pour les filles et cartonnage capillaire pour les garçons, la dominante « sms à orthographe créative », le module « ricanement hystérique avec mes crétins de condisciples en prenant toute la largeur du trottoir ». Cessons de vouloir enseigner à tout prix une jeunesse innocente qui ne demande qu’à vivre. Consommo ergo sum, nous crie désespérément cette génération sacrifiée à l’ennui des ouvrages poussiéreux dont nous voudrions l’abrutir, alors qu’au dehors la brise apporte le frais parfum de l’insouciance et que c’est bientôt les soldes. Insensés censeurs que nous sommes, on n’arrête pas le déferlement joyeux et triomphant de la jeunesse. Laissons-les vivre selon leur nature véritable, demandons-leur seulement d’être beaux, minces, bien coiffés et construisons tous ensemble un avenir radieux et enfin photogénique.

mardi, décembre 27 2011

Life is unfair (kill yourself or get over it)

Alors que je me laissais submerger par la consternation et la misanthropie dans les embouteillages urbains consécutifs aux réjouissances de fin d'année et à la frénésie d'achats aussi inutiles que compulsifs qu'elles génèrent et que je songeais au message de frugalité et de sagesse qu'avait tenté de nous laisser celui que nous sommes censés fêter, mon après-midi s'acheva en apothéose lorsque j'entrevis sur ma droite un trentenaire au volant de son automobile suffisamment chérie pour qu'elle fût ornée d'une fausse mignonnette d'un alcool quelconque suspendue au rétroviseur intérieur et d'un ballon de rugby véritable sur la plage arrière. Mon découragement fut à son comble quand je réalisai qu'une jeune femme était assise sur le siège du passager. Je songeai alors à tous les hommes célibataires et malheureux de l'être qui ne se pochtronnent pas avec leurs potes avachis devant le match, qui savent lire, se lavent tous les jours, cèdent leur place aux vieilles dames dans le bus et achètent tristement chez Picard des plats pour une personne.
Afin de survivre à cette année 2011 particulièrement fertile en déconvenues abyssales de tout ordre et à l'issue de laquelle je me demande avec insistance si je ne ferais pas mieux d'aller habiter sur une île déserte avec les cendres de mon chien, je décidai lâchement qu'il s'agissait de sa soeur.

Fiat lux.

dimanche, décembre 4 2011

We recruit *

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Je serais assez curieuse de connaître l'imparfait du subjonctif du verbe "peur".

Une question, cependant, me taraude. Qu'y a-t-il de plus terrifiant que voir son pays dirigé par des illettrés ? Rien, si ce n'est constater qu'il est informé par des analphabètes.

*Que cet acte de décès de la presse régionale française ne vous empêche pas d'écouter l'excellent album de Ventura.

mardi, novembre 22 2011

Contes du chat perché

Nantie d'une baguette de pain dans la main gauche et d'un Petit Prince dans la main droite, alors que je me dirigeais nonchalamment vers les caisses de mon supermarché de quartier, slalomant adroitement entre les étals de chocolats qui encombrent l'espace déjà compté de ce genre d'établissement - quand je pense que d'aucuns paient des fortunes pour une semaine de sports d'hiver - quelle ne fut pas ma stupéfaction devant le rayon croquettes. L'Europe va mal, c'est moi qui vous le dis, et notre vieille culture part à vau l'eau. En vue de préfigurer la fin du monde ou de nous la faire espérer, je ne sais trop, Gourmet, marque de pâtée pour félins abouliques, a sorti un calendrier de l'avent pour chats. Une boîte différente pour chaque jour et un cadeau surprise pour Noël. Tel que je vous le dis. Et ce alors que, fêtes de fin d'année ou pas, toutes les six secondes un enfant meurt de malnutrition ou de sous-nutrition.
Pour Noël, je sais ce que je veux. Une grotte.

mardi, novembre 15 2011

Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine

Certains d'entre vous auront noté l'attaque infâme dont je fus victime ce jour et qui me mit aux prises avec les boches honnis, leurs casques à pointe et leurs spams perfides. Aussi pompiers et pesants dans l'agression électronique que dans la conception de leurs automobiles pachydermiques, croyez-vous qu'ils eurent le bon goût de semer çà et là une pittoresque propagande pour un site de produits pharmaceutiques non homologués ou de crédits à taux usuraires ? Que nenni, un spam par billet. Rien moins que cela. La grosse Bertha du parasitisme virtuel.
Messieurs les Prussiens, tirez les premiers. Alors que les gerbes du 11 novembre n'ont pas seulement commencé à faner, votre effraction témoigne d'un goût exquis, soyez-en sûrs. Sachez que la France n'a pas dit son dernier mot et je m'en vais de ce pas ressusciter une ligne Maginot que vous serez bien en peine, cette fois, de contourner. Messieurs, je ne vous salue pas et je vous jette mon gant à la figure.

vendredi, novembre 11 2011

Jesus came to my birthday party (when i was seventeen)

Ce brillant morceau d'indie folk que j'écoute en boucle dans ma voiture m'a, l'autre jour, plongée dans les périlleux abîmes du souvenir.
J'avais 17 ans, je n'habitais plus chez mes parents, j'étais en terminale et j'avais décidé que la philosophie allait répondre aux douloureuses questions qui me taraudaient, depuis la dernière année de maternelle pour certaines. Je déployais donc un zèle acharné dans l'étude de cette matière, effort d'autant plus méritoire que je me heurtais à un rapport travail/résultats particulièrement décevant.
Je n'avais commencé à établir un semblant de rapports humains avec mes contemporains qu'en entrant au lycée et encore ces relations étaient-elles demeurées embryonnaires durant l'année de seconde. Hormis quelques rares élus qui trouvaient grâce à mes yeux hautains, je considérais la masse de mes congénères comme nulle et non avenue. Je méprisais préférentiellement les capitaines de l'équipe de football et leurs pom-pom girls version franchouillarde qui portaient pour 2000 francs de vêtements, n'avaient pas d'acné et faisaient rêver la plèbe. Deux mâles alpha attiraient prioritairement mes foudres. Fils de notables locaux, aussi méprisants qu'incultes, ils étalaient bruyamment leur vacuité crasse sur les sièges du fond du bus que je prenais matin et soir. Ces enfants chéris du sort, adulés par leur famille, qui attendaient sereinement leur héritage en végétant derrière leur sourire de star et leur coupe impeccable avaient le don de m'agacer. Je me souviens m'être souvent et copieusement gaussée de l'un des deux, dont l'indigence intellectuelle était particulièrement manifeste, avec un camarade aussi binoclard et helléniste que moi. Nous étions, nous aussi, de petits cons.
Puis vint la terminale et la rétive philosophie. Je m'échinais, ce soir-là, sur une dissertation, dont j'ai oublié le sujet, et je m'interrogeais sur l'existence de Dieu. Ecartelée entre Freud et Descartes, je ne savais quel parti choisir. Mes capacités de réflexion étaient parfaitement dépassées par cette question et je commençais à me demander si la philosophie m'apporterait autre chose que le sentiment d'être fort sotte. Là-dessus, le téléphone sonna. C'était ma mère. Elle me demanda si je me souvenais des deux fils prodigues précités. Je lui dis que oui. Elle m'asséna alors qu'en rentrant de discothèque en compagnie de deux jeunes filles de leur âge, deux soeurs, leur voiture avait quitté la route pour s'écraser dans une vigne en contrebas. Ils avaient brulé vifs, tous les quatre et des témoins les avaient entendu crier. J'ai raccroché. J'ai pensé à leurs vingt ans qu'ils n'auraient pas, à leurs parents, à cette horreur sans nom et j'ai compris qu'il y aurait désormais une question que je ne me poserais plus.

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